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ATTAC & L'AGCS
Le monde est dangereux à vivre
! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal,
mais à cause de ceux qui regardent et laissent
faire. ( Albert Einstein) |
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Texte reçu
le : 05 juillet 2005
Je
vous transfère ce document
d'ATTAC qui me semble intéressant
pour 2 points:
1)Positionnement d'ATTAC par rapport aux partis.
2)L'AGCS.
Auteur
: Michel M.
 
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[ATTAC-FRANCE] Intervention
de J Nikonoff à Arles
Chers
Amis et Camarades,
Je voudrais remercier Jean-Luc Mélenchon d'avoir invité des
représentants d'Attac à l'université d'été de
PRS. Nous avons accepté cette invitation avec plaisir, d'autant
que nous avons mené en commun le combat victorieux du référendum.
Vous aurez cependant observé qu'aucun représentant
d'Attac ne participe au meeting de tout à l'heure. Il a
en effet pour thème « Une nouvelle union des gauches
est-elle possible ? ». Il rassemble Francine Bavay des Verts,
Olivier Besancenot de la LCR, Marie-George Buffet du PCF et Jean-Luc
Mélenchon du PS.
Comme Attac n'est pas un parti politique mais une association,
nous n'avions aucune raison de participer à ce meeting.
En revanche nous sommes parfaitement à notre place d'association
d'éducation populaire tournée vers l'action dans
le présent atelier sur les services publics et dans l'atelier
sur les questions de santé avec Bernard Teper, animateur
de la Commission santé d'Attac.
 
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Je
fais cette remarque car certains
d'entre vous ont peut-être
lu le journal Le Monde daté du
2 juillet. On peut y lire une déclaration
de Julien Dray selon laquelle Attac « est
devenu un bras armé contre
le PS, elle est sortie des clous
en prenant parti dans une querelle
de la gauche, en devenant une sorte
de bouclier derrière lequel
se sont réfugiés l'extrême
gauche et le PCF, qui ont compris
qu'ils pouvaient lui laisser faire
le sale boulot ». Julien Dray
estime que Attac s'est transformée
en « nouveau parti radical, à l'extrême
gauche ». Harlem Désir
ajoute que « Avant, on pouvait être
au PS, chez les Verts ou à la
LCR et se sentir à sa place à Attac.
Maintenant, en tant que socialiste,
c'est très difficile ».
Avant
d'intervenir sur les services publics,
permettez-moi de réagir brièvement à Julien
Dray et à Harlem Désir.
Je voudrais d'abord vous rassurer
: Attac n'est pas devenu un parti
politique. Notre engagement dans
la campagne référendaire,
que tout le monde souligne, même
nos adversaires, résulte d'une
démarche ancienne de l'association.
Nous avons toujours considéré que
la construction européenne
actuelle était le cheval de
Troie du libéralisme. Et nous
n'avons fait que notre travail d'éducation
populaire, tourné vers l'action,
en nous engageant à fond dans
cette bataille. D'autant que les
adhérents d'Attac nous avaient
donné le feu vert, à 85
%, lors d'une consultation interne.
Alors croyez-moi, les militants d'Attac sont très fiers
d'avoir fait « le sale boulot », comme dit Julien Dray
!
 
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Nous
ne pouvons pas et ne voulons pas
devenir un parti politique. Il
existe trois raisons à cela :
Première
raison : il
n'y a pas d'espace pour
un nouveau parti politique.
Il existe déjà beaucoup
de partis et mouvements
politiques : trois partis
trotskistes ; le PCF
et ses différentes
sensibilités ;
le PS et ses tendances
; les Verts ; le MRC
; de multiples petits
groupes. Et je ne parle
même pas des partis
de droite. Où voulez-vous
que l'on se mette ? Certes, à la
fin de notre atelier,
autour d'une bonne bouteille, à quelques
uns, il est toujours
possible de créer
un parti politique. Il
est même possible
d'en créer un
tous les jours. Mais
si c'est pour faire 0,1
% ou 0,5 %, quel intérêt
?
Deuxième
raison : l'altermondialisme
n'est pas un courant
d'opinion traditionnel.
Vous le savez mieux que
quiconque : les partis
reposent toujours sur
des courants d'opinion.
Ces derniers rassemblent
des citoyens ayant une
vision partagée
de la société et
de son devenir ; ils
ont une histoire et des
références
communes ; ils présentent
une certaine homogénéité sur
le plan idéologique
et politique. Le mouvement
altermondialiste répond-il à ces
critères ? Absolument
pas, il est trop hétérogène
et trop transversal.
Cette hétérogénéité,
nous l'appelons diversité.
Non pour masquer nos
divisions, mais parce
que nous considérons
réellement qu'elle
nous enrichit. Elle serait
un handicap si nous visions
le pouvoir ; elle est
un atout dans les contre-pouvoirs.
Prenons quelques exemples :
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il
y a ceux qui veulent de la
croissance et ceux qui prônent
la décroissance ;
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ceux
qui luttent pour le plein emploi
et ceux qui réclament
le revenu universel ;
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ceux
qui sont favorables au nucléaire
et ceux qui y sont opposés
;
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-
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ceux
qui veulent le pouvoir et ceux
qui préfèrent
les contre-pouvoirs ;
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-
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ceux
qui souhaitent une Europe fédérale
et ceux qui aspirent à une
Europe des nations ;
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-
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ceux
qui ne jurent que par les réseaux
et ceux qui croient en l'organisation.
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Comment
voulez-vous, dans ces conditions,
faire un programme de gouvernement
et gouverner ensuite, ce qui est
le rôle d'un parti politique
? Le mouvement altermondialiste est
de surcroît transversal. Il
ne peut être comparé aux
courants politiques traditionnels
car il traverse tous les autres courants,
ou tout au moins beaucoup d'entre
eux : on peut être trotskiste
et altermondialiste ; communiste
et altermondialiste ; socialiste
et altermondialiste ; écologiste
et altermondialiste ; tiers-mondiste
et altermondialiste ; syndicaliste
et altermondialiste. Il existe peu
de citoyens qui se déclarent
uniquement altermondialistes.
Troisième
raison : les
adhérents d'Attac
ont déjà rejeté cette
hypothèse. J'ai
proposé moi-même
une résolution
lors de l'Assemblée
générale
2004, après
l'épisode des
listes 100% Altermondialiste,
pour rejeter clairement
la tentation partidaire.
Elle a obtenu 85 %
des voix, 11% d'abstentions
et nuls, 4% de contres.
C'est donc une affaire
réglée
: les adhérents
d'Attac ne veulent
pas transformer leur
association en parti
politique.
 
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Restons
un instant sur cette affaire des
listes 100 % Altermondialiste que
les amis qui nous veulent du bien
nous resservent en permanence. Une
dizaine de militants d'Attac, avec
d'autres, ont tenté cette
aventure lors des élections
européennes. Ils croyaient
pouvoir présenter des listes.
Evidemment ils n'y sont pas parvenus.
Mais cette initiative a été montée
en épingle par la presse qui
a tenté de déstabiliser
la direction d'Attac, accusée
de l'avoir soutenu en sous-main.
Depuis il existe une véritable
croyance, chez certains, au sens
religieux, et même en notre
sein, que nous préparerions
la transformation d'Attac en parti
politique.
J'espère vous avoir démontré combien une telle
perspective était irréaliste. Mais cela fait partie
des tentatives de déstabilisation, qui se multiplient depuis
le 29 mai, notre association dérangeant
manifestement beaucoup de monde. Ceci dit, la question du « débouche » ou
de la « traduction » politique de notre action reste
entière. Nous le reconnaissons : il y a un manque, une limite à ce
que nous faisons. C'est pour cette raison que des militants sont
tentés par l'aventure de la création de partis. Nous
avons toujours dit, et nous restons fidèle à ce principe,
qu'il est nécessaire de régénérer les
partis. Je pense d'ailleurs que la campagne référendaire
y a contribué et qu'elle n'a fait qu'éloigner un
peu plus le mirage de la possibilité de créer un
parti politique altermondialiste. A tous nos militants et amis
qui veulent une suite politique à notre action d'éducation
populaire nous disons : adhérez aux partis politiques !
Nous n'indiquons évidemment pas lesquels, c'est à chacun
de choisir !
 
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Revenons à des
choses plus sérieuses et à l'objet
de cet atelier. Et pardonnez-moi
de l'avoir utilisé comme tribune,
puisque des journalistes sont ici,
et que cet article du Monde ne pouvait
rester sans réponse.
Après ces quelques commentaires, je voudrais évoquer
l'Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS)
car il est la principale menace qui pèse sur les services
publics. Permettez-moi de rappeler brièvement ce qu'est
l'AGCS. Ce processus a été engagé à Marrakech
le 14 avril 1994, lors d'une réunion de l'Organisation mondiale
du commerce (OMC). Son objectif est d'obtenir, par « une
série de négociations successives », une libéralisation
et une privatisation de « tous les services de tous les secteurs »
En novembre 2001, à Doha, lors d'une nouvelle réunion
de l'OMC, l'Union européenne a considéré que
ces négociations n'avançaient pas assez vite. Elle
a donc proposé - et obtenu - la mise en place d'un mécanisme
de demandes et d'offres. Chaque pays adresse à chacun des
autres pays la liste des services qu'il veut voir libéraliser
chez eux (ce sont les demandes), et chaque pays annonce la liste
des services qu'il est disposé à libéraliser
chez lui (ce sont les offres). En septembre 2003, à Cancun
au Mexique, lors d'une nouvelle réunion de l'OMC, l'Union
européenne a encore voulu relancer le processus. C'est ainsi
que tout devra être terminé pour le 1er janvier 2006.
Tout ceci se fait, comme d'habitude, dans l'opacité la plus
totale. L'AGCS est une attaque frontale contre tous les services
publics et avec eux, des valeurs de collectivité, de solidarité et
de démocratie. Tout sera désormais subordonné à la
marchandise. Les rapports humains deviendront alors eux-mêmes
des marchandises, l'homme deviendra logiquement lui-même
une marchandise.
Avec l'essor des neurosciences et de la biochimie génétique,
l'homme devient une matière transparente, naturelle, démontable,
séquençable. Tout peut donc se vendre et s'acheter
pareillement : solide, liquide, minéral, végétal,
animal et humain. Nous en avons les plus claires manifestations
récentes dans le brevetage du génome humain. Dans
ce qui a pour ambition de devenir un modèle de civilisation,
où la liberté de l'individu se confond avec celle
de l'entreprise, l'individu doit lui aussi, pressé par l'urgence,
s'épanouir dans la compétition, dans un mode de concurrence à l'autre
généralisée. Dès lors, se réaliser
c'est consommer, toujours plus, devenir toujours plus un super
consommateur qui doit jouir le plus possible et le plus rapidement
possible. « Chacun pour soi » devient « tous
pareils ». Cela implique la fin du particulier, du singulier,
qu'il soit individuel ou collectif :
même consommation, même culture, un seul et même
standard. Les différences éthiques, sociales, environnementales,
culturelles, ne sont plus qu'autant d'entraves au commerce et au
marché.
 
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Je
voudrais maintenant essayer d'apporter
quelques rapides éléments
sur la manière d'imaginer
l'AGCS s'installant demain parmi
vous, les élus et citoyens
qui êtes ici, bouleversant
peu à peu tous les repères
de la vie quotidienne. Essayons de
nous représenter ce que serait,
demain avec l'AGCS, une structure
accueillant du public, comme une
crèche, un service hospitalier,
un centre médico-éducatif,
une maison de retraite ou un établissement
d'enseignement. Avec l'AGCS, l'ensemble,
la totalité, la finalité sociale,
le but éthique auquel répond
chacun de ces lieux ne présente
aucun intérêt. Ce qui
va intéresser l'AGCS, ce sont
juste les différentes fonctions
techniques qu'on peut y découper
:
-
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l'accueil
;
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-
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la
sécurité ;
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-
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la
restauration ;
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l'entretien
des bâtiments ;
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-
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le
nettoyage ;
|
-
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l'animation
ou l'enseignement ;
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-
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le
soutien psychologique.
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Si
vous livrez ce lieu à l'AGCS,
sur la base d'appels d'offres, vous
pourrez aboutir à toute une
série d'interventions, en
sous-traitance, de techniciens limités à leur
tâche spécifique, réalisée
dans l'urgence et au moyen de contrats
flexibles et précaires, basées
sur des choix purement technicistes
et économistes, là où vous
aviez une équipe, un collectif
qui essayait de s'articuler de manière
cohérente autour d'un objet
commun, humainement considéré :
des enfants, des patients, des personnes âgées,
des élèves.
Avec l'AGCS, si vous voulez conserver une cantine scolaire municipale,
il faudra déjà pouvoir prouver lors de l'appel d'offre,
la rentabilité de votre prestation, et si vous voulez introduire
dans votre cahier des charges, la traçabilité des
aliments, par exemple, connaître l'origine des viandes, ou
interdire l'emploi d'aliments Organismes génétiquement
modifiés (OGM), vous serez passible de poursuites judiciaires
pour la raison que ces clauses constituent autant d'obstacles non
nécessaires au commerce.
Cela signe la fin de toute intervention politique et collective
dans les domaines économiques et sociaux. Cela signe aussi
la fin de la démocratie, car l'exercice par les élus
de leur pouvoir est extrêmement limité par l'accord.
Les élus ne serviront plus à rien, ils seront remplacés
par le marché. Les villes deviendront des marchandises,
les unes en concurrence avec les autres, afin d'être « attractives ».
Les élus ne seront plus que des « commerciaux »,
une simple « force de vente » , des voyageurs de commerce
tentant de délocaliser les entreprises de la ville voisine
pour les relocaliser chez eux.
Alors que faire pour s'opposer à l'AGCS et défendre
la démocratie ?
En France, Attac avec d'autres a collecté pour l'instant
près de 1 000 signatures de collectivités publiques,
de toutes origines politiques et de toutes tailles, qui se déclarent « zone
hors AGCS ». La même démarche est engagée
dans d'autres pays européens. Les 13 et 14 novembre, à Bobigny,
se sont tenus des Etats généraux des collectivités
publiques françaises contre l'AGCS. Nous y avons échangé nos
expériences et décidé d'initiatives auprès
du gouvernement français et de la Commission européenne
pour exiger un moratoire. Nous avons décidé d'organiser
des Etats généraux à l'échelle européenne, à Liège,
les 22 et 23 octobre. Voilà une initiative qui se place
dans la suite du 29 mai et à laquelle, les uns et les autres,
nous devrions attacher la plus grande importance.
Je vous remercie.

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